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Débat sur la grève

Congrès SPASMET 26-28 septembre 2006

jeudi 30 novembre 2006

Ce sujet a été lancé par deux tribunes libres (voir Météo-Info n°120 de juin 2006), l’une signée par la section ouest, l’autre par Jean Bonhomme. Voici un condensé synthétique de ce débat qui, même s’il ne fait que commencer, a pu déboucher sur quelques propositions concrètes.

Pour les 75 congressistes qui ont participé à ce débat, il ne s’agissait sûrement pas de rejeter aux oubliettes le mode d’action que représente la grève. Il a même été dit qu’il ne fallait pas mettre la grève « en dernier recours » car ne pas utiliser le droit de grève c’est une façon de le supprimer.
Cela étant dit, les deux questions sur lesquelles ont porté les échanges du congrès ont bien été :
- dans des conflits qui durent, comme celui des retraites en 2003 ou celui du CPE, ou peut-être des conflits à venir autour des restructurations dans la Fonction publique ou simplement à la Météo, on peut être amenés à faire des grèves longues ou à répétition. Quels modes d’action imaginer qui pèsent moins financièrement ?
- comment contrer l’administration qui tente par tous les moyens de briser l’élan revendicatif soit en accentuant la pression financière (Omont, double sanction), soit en organisant le travail en temps de grève de façon à briser celle-ci (notifications, bascule de postes …).

L’impact financier de la grève

Plusieurs congressistes sont intervenus pour dire que la baisse du pouvoir d’achat pesait sur la participation aux grèves. De plus, depuis 2003, la direction rajoute la menace de la « double sanction [1] » ou de l’application de l’arrêt Omont [2] : des interventions du secrétariat du SPASMET auprès de la DG à la suite du mouvement de 2003 ont permis de limiter la casse pour certains collègues. Mais pour quelques uns, les retenues sont restées très élevées.
Le constat a été fait que, y compris parmi les adhérents ou les militants, il est parfois difficile de faire grève . Il faut bien l’admettre et ne pas culpabiliser les collègues mais, au contraire, essayer d’adapter les modes d’action à cette réalité, pour y impliquer le plus grand nombre et pas seulement les syndiqués.
Dans ces conditions, certains considèrent que c’est dévoyer la grève que de l’utiliser alors que l’objectif essentiel de certains modes d’action (lors du mouvement contre le CPE par exemple) est de participer à une manifestation et que, pour se libérer, d’autres moyens existent (recup crédit-débit, récup, JRTT, …).
Cette question ne concerne pas que le SPASMET, mais traverse toute la FP : inventer ou réinventer des formes d’actions menées par le plus grand nombre. 20% de grévistes, cela ne fait pas peur à la direction.
Une ancienne secrétaire d’union locale est intervenue pour dire que ces questions se posent aussi depuis longtemps dans le privé : aux imputations du salaire se rajoutent parfois des menaces de perte d’emploi. Mais, ne partons pas battus, on peut établir un rapport de force sans aller jusqu’à la grève  : actions de « nuisance » (« soyons brefs », « points clé »), manifs (CPE),… . Il faut cependant bien reconnaître qu’avec le temps, les directions trouvent des parades et donc que les syndicats doivent être inventifs.
Des camarades ont rappelé que les employeurs, privés comme publics, peaufinaient leurs dispositifs anti-grève parfois au nom du « nouveau dialogue social » (rallongement des préavis, mise en place de « pré-préavis », sanctions financières sur les agents aggravées,….). . Il nous reste donc à avoir collectivement « un temps d’avance » est-ce si difficile ?

L’idée de création d’une caisse de solidarité nationale au SPASMET est très largement partagée par les congressistes. Quelques précisions ont même été données. Elle serait financée par la cotisation syndicale et activée sur décision du Conseil National. Elle pourrait être utilisée en coordination avec les caisses locales ou régionales existantes [3]. Cela permettrait au SPASMET d’apporter un soutien adapté à la variété des situations dans les petits centres (où les conflits risquent d’apparaître avec les menaces de réorganisation).
Certains, voyant également dans la mise en place d’une caisse de solidarité – d’entraide - un retour aux sources du syndicalisme estiment qu’elle devrait aussi servir la solidarité interprofessionnelle.

Les manœuvres des directions

Pour ce qui concerne la volonté de l’administration d’accentuer la pression financière, il a été indiqué que le SPASMET avait, actuellement en cours, des recours en tribunal administratif : 1 concernant l’application de l’arrêt Omont, 8 concernant la « double sanction ». Dans ce dernier cas, la difficulté consiste à expliquer aux avocats et juristes le fonctionnement de Pégase et autres BHI. (mais la DG doit avoir la même difficulté…).

Les congressistes n’ont pas manqué de dénoncer les autres manœuvres de la direction pour briser les grèves. Au delà du recours habituel aux notifications, des exemples ont été donnés où les grèves sont détournées. :
- pourquoi la prévi moyenne échéance est-elle présente dans les bulletins alors que le service qui en est chargé à Toulouse est en grève ? Dans le secteur aéronautique, si le centre de rattachement fait le boulot, alors la grève des stations aéro est masquée.
- en cas de grève, aucune information n’est donnée sur le site Internet pour expliquer l’absence de bulletins. Un tel comportement est de règle un peu partout ; ainsi d’après les consignes de la DIRN, on ne dit rien sur la grève dans les bulletins que l’on peut, par contre, réduire. A l’inverse, dans la DIRO, , les non-grévistes annoncent la grève mais les bulletins sont quasi normaux.
- de plus en plus, les directions tentent de mettre en œuvre « la bascule des postes de non grévistes en remplacement de grévistes » : exemple d’une note de la DIRO aux CDM stipulant que si l’agent en HB est non gréviste, il doit remplacer l’agent en grève sur le poste d’exploitation. L’administration joue sur la difficulté à trouver une parade juridique aux consignes qui concernent les non grévistes lorsque les tâches de basculement font partie de leurs tâches habituelles.
Si la parade juridique est douteuse, reste le travail militant à faire les jours de grève : cela fait partie du rapport de force , le BN et les bureaux de section doivent être sur le pont pour intervenir et contester ces pratiques au nom du droit de grève et du droit syndical.

Le cas du CMIR/PREVI Centre-Est a été signalé car il sort un peu de l’ordinaire .
La demande provenait non pas de l’administration mais des prévis : ils souhaitaient avoir des consignes pour savoir « qui fait quoi » en cas de grève, entre les notifiés et non grévistes.
Ce qui a été obtenu après passage en CTP régional (sans vote des organisations syndicales) :
- Les non grévistes ne font que leur propre tâche avec, en plus, la réponse au téléphone.
- Les notifiés, les seules tâches de sécurité décrites dans une liste (qui prévoit par exemple des directives vides en l’absence de danger)
Plusieurs congressistes ont estimé qu’il fallait être attentifs à la mise en œuvre de ces consignes du CE.

Imaginer de nouveaux moyens d’action

Il nous faut faire preuve d’imagination pour contrer les parades que ne manquera pas de trouver la direction ou pour bloquer une production de plus en plus automatisée et « sécurisée », parfois « doublée défense ».
Faire preuve d’imagination, c’est possible : de nombreux congressistes l’ont souligné en évoquant l’action kiosque de l’été (« Soyons bref ») , action qui pourra être renouvelée.
Il faut tout d’abord signaler que, à la question de savoir si on doit s’interdire les actions qui risquent de porter atteinte à l’image de Météo-France ou à ses recettes commerciales, la réponse d’un congressiste : « on ne peut s’interdire ces actions », n’ayant pas été contredite, on peut considérer qu’il y a consensus du congrès sur cette position.

Plusieurs pistes ont été ouvertes dans le débat.

Voici en vrac quelques unes des idées avancées, à creuser.
- Informer
 : tracts, heures d’info syndicale, tournées , autant de notions basiques rappelées par quelques congressistes qui ont indiqué que les « tournées » d’information syndicales pouvaient , entre autres, être l’occasion d’assurer les personnels isolés des « petits » centres de la solidarité des grands centres.
- Blocages :
— de ronds-points : avec une cinquantaine de vélos qui roulent sans arrêt sur la piste cyclable (expérimenté à Grenoble), ou avec des bagnoles (pour les flemmards)
— des accès à un site météo une heure/jour
- Communication/popularisation vers les usagers
Relais dans les médias : ne pas oublier les contacts pris avec nos camarades du SNJ/SOLIDAIRES notamment
Diffuser des bulletins gratuits : par exemple des tracts incluant au verso le bulletin météo (voir la grève des contrôleurs SNCF n’assurant que leurs tâches de sécurité du train sans contrôle des billets)
- Grèves « du zèle »
La DG étant très sensible « aux indicateurs de la LOLF » dont l’un d’entre eux : ponctualité des bulletins.
Décaler les bulletins de quelques minutes, c’est toucher à l’image de marque …. sans pénaliser nos usagers.
Retarder les recettes (à condition que cela ne se traduise pas par un surcroît de travail des personnels chargés des bilans).
- Grèves « perlées » : faire grève uniquement lorsque cela a le plus d’impact sur la production.

[(

Conclusions de ce débat

- La grève reste un moyen d’action essentiel. Il ne faut donc pas la galvauder.
- Il faut distinguer clairement les cas où l’appel à la grève est secondaire par rapport à la participation à une manifestation.
- Le nouveau BN doit se donner les moyens de poursuivre les actions en justice entreprises.
- La mise en œuvre au CMIR/PREVI/CE, des consignes à respecter en cas de grève doit être suivie avec la plus grande attention et comparée avec ce qui se passe dans les autres services.
- Par 70 voix pour, 0 contre et 5 abstentions, le Congrès mandate le CN pour la mise en place d’une caisse de solidarité.
- 
La recherche de nouveaux moyens d’action doit se poursuivre, le débat n’étant pas clos.)]


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