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Que retenir de la visite de la PDG à Mayotte ?

Le précédent PDG ne s’était jamais rendu en DIROI sous sa mandature. Virginie Schwartz est donc venue fin octobre 2021 à la Réunion et à Mayotte pour sa première visite en Outre-mer.

mardi 23 novembre 2021

Seul un entretien collégial d’une heure et demi a été accordé aux Organisations syndicales. Un format et un temps trop court qui n’étaient pas adaptés à la hauteur des enjeux.

A lire la propagande de la direction publiée sur l’intramet, la PDG serait venue avec des présents ou plutôt assister au déballage des cadeaux généreusement offerts, particulièrement à Mayotte.
Même si la période de cette visite était plus proche de la fête des morts que de la Noël…

Premier présent offert un mois avant la visite présidentielle : un houlographe. Il était temps. Où existe-il une côte française sans houlographe ? En Outre-mer, en Polynésie française non plus pas de houlographe. L’épreuve de surf des J.O de Paris 2024, va-t-elle permettre cette installation prochaine ? Rien n’indique pour l’instant que la DIRPF profitera de l’évènement pour se doter de l’équipement.
En attendant merci Patronne pour ce capteur à Mayotte. On fera semblant de ne pas savoir que la Réunion ne possède pas de houlographes situés sur les zones d’intérêt pour Météo-France, là où se situent les houles à enjeu, malgré la vigilance vagues submersion qui se met en place.
Nous ferons aussi semblant de ne pas avoir entendu au JT de Mayotte la 1ère que cet équipement doit son installation davantage aux menaces d’un volcan sous-marin proche de Mayotte. Au final, l’important pour la population mahoraise, c’est le cadeau, pas l’intention…

Deuxième offrande, un Centre météo flambant neuf à venir l’an prochain. Il faut voir les conditions de travail actuelles en matière d’hygiène et de sécurité des collègues de Mayotte. Dans quels autres locaux de l’Établissement, le personnel se retrouve-t-il dans un environnement aussi insalubre et propice à des accidents du travail ? Peut-être sur le site du Lamentin au Centre météorologique de Martinique...
Après des années de remontées et de plaintes, y compris de la direction locale, les choses vont enfin s’améliorer pour les météos de Mayotte.

Troisième don : un radar météorologique. Enfin, pas pour 2022, pour 2025 au plus tôt, la mère Noël ne tiendra probablement plus les rênes de Météo-France d’ici-là. Avec un tel trafic aérien, de tels aléas cycloniques, des enjeux conséquents en termes de sécurité des personnes lors de la survenue de fortes précipitations, comment cela s’expliquait-il ? Où en France trouve-t-on actuellement un territoire similaire sans couverture radar ? Sur l’île de Tahiti, en Polynésie Française…
Le peuple guyanais n’est pas exposé au risque cyclonique par sa proximité de l’équateur, mais la Guyane, dont la superficie équivaut à celle du Portugal, connaît des évènements pluvieux remarquables. Météo-France n’y a pas de radar alors qu’il y aurait tout intérêt à venir renforcer la faible portée du radar de Kourou appartenant au Centre spatial guyanais.

Petits goodies : des stations météorologiques, à la fois pour éviter les déserts météorologiques et permettre de calibrer au mieux le radar, vont être installées. Les efforts que fait l’établissement actuellement à Mayotte ne sont qu’un rattrapage d’une partie du retard accumulé depuis des décennies. La dernière catastrophe naturelle pour raison météorologique (coulée de boue à Acoua) n’a pu être estimée ou approchée par des mesures de précipitations.
Combien de stations automatiques en temps réel y-a-t-il à Mayotte actuellement ? 6, bientôt 12...
Ailleurs en Outre-Mer, on en compte une trentaine voire une quarantaine pour chaque département de Guadeloupe et Martinique...

Davantage de moyens matériels sont désormais mis en œuvre, c’est une bonne chose. Des moyens humains concernant l’entretien de ces équipements s’imposeront. Sous quelle forme ? Recrutements locaux ? (On connaît la difficulté de trouver des candidatures pour les Outre-mers dorénavant), missions depuis la Réunion ou la France hexagonale ? Les réponses à ces questions doivent être anticipées et discutés avec le personnel et ses Représentants.

Quelle est la situation actuelle de nos collègues de Mayotte ? Quelles perspectives s’offrent à eux ?

- Après la départementalisation de Mayotte (2011), ils n’ont intégrés le corps des TSM qu’en 2015, sans que toute l’intégralité de leurs années en tant que contractuels de Météo-France n’ait été prise en compte. En 2023, ceux qui ont le plus d’ancienneté pourront prétendre à une évolution de carrière via l’examen professionnel pour intégrer le corps des ingénieurs.

- Et sur la requalification des postes ? Devront-ils quitter Mayotte en cas de réussite à l’IT PRO ?Aucun poste n’a été officiellement requalifié par la direction, hormis celui de Chef de Centre, qui au passage n’a jamais été occupé par un mahorais.
Il y a presque deux ans déjà, au CTEP de février 2020, nous écrivions dans notre compte-rendu : "Nous avons rappelé l’engagement de la direction de Météo-France devant la mission sénatoriale des Outre-mers sur les risques naturels de faire monter en compétence les collègues de Mayotte par la gestion de la vigilance. Nous approuvons cette démarche et souhaitons qu’elle ne demeure pas un vœu pieux."
Où en est cette montée en compétence, afin que les collègues puissent acquérir enfin la gestion de la vigilance ? L’article de propagande présidentielle du 5 novembre n’en fait pas la moindre mention. Il semblerait néanmoins que des évolutions soient en cours.

Nous l’avons déjà démontré dans les instances : Mayotte subit un double éloignement, avec des conséquences néfastes en terme de traitement des personnels et de retard sur la couverture météorologique du territoire, ainsi qu’ un manque cruel de moyens humains et matériels.
Le Centre de Mayotte appartient à une Direction d’Outre-mer (la DIROI en l’occurrence), et à l’intérieur de cette même DIROI, se retrouve bien éloignée du Chaudron, siège de la Direction locale. Dans l’autre hémisphère, toujours en Outre-mer, la Guyane appartenant à la DIRAG subit les mêmes affres. Ce n’est donc pas une surprise de voir ces départements aussi méprisés à l’intérieur de notre Établissement. Le regard et l’intérêt que portent la Direction générale pour les Outre-mers et singulièrement pour Mayotte doit changer. Qu’elle compte sur nous pour le lui rappeler.


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